GoudZy

Inscrit le : 21 Mai 2006 Messages : 217
| Sujet: On s’interroge sur les mœurs d’une république de chaisière Dim 8 Juil - 13:55 | |
| Ça y est, Jack Lang a enfin obtenu son hochet. On pourrait y voir la preuve que la persévérance est toujours récompensée.
En effet, depuis la victoire du candidat Sarkozy le 6 mai dernier — et donc la défaite de son propre camp — Lang arrosait quotidiennement tous les nouveaux ministres de sa prose afin de leur prouver qu’il avait, sinon des compétences, du moins des idées sur tout. Pendant plus d’un mois, il a bombardé tous les fax de ses multiples écrits, articles et commentaires tendant à démontrer que l’ouverture chère au nouveau président ne pouvait se faire sans lui, Lang, l’homme de toutes les (compro)missions.
Enfin, imbattable dans la flagornerie, il s’est fendu la semaine passée, au lendemain du sommet de Bruxelles, d’un article dithyrambique dans Libération pour féliciter le président Sarkozy sur sa politique européenne.
Alors, avant qu’il n’assiège de son grand corps malade le paillasson de la Lanterne ou qu’il ne fasse à genoux le pèlerinage de Brégançon, on s’est résolu à lui donner le hochet tant réclamé : la tête d’une commission chargée de réfléchir à la réforme des institutions. Un “machin” qu’il devra toutefois partager avec messieurs Balladur, Mazeaud et Carcassonne. Qu’à cela ne tienne, on peut compter sur Jack pour aller agiter son jouet sous le nez des camarades socialistes, camarades auxquels il fera pareillement, demain, une cour effrénée si d’aventure ils reviennent sur le devant de la scène. Pour l’heure, il n’a pas de mots assez durs pour descendre les copains. « J’ai tiré le rideau et déploré le spectacle affligeant offert par les dirigeants socialistes », dit-il dans un entretien au Monde, ce mardi. Sans doute a-t-il déjà oublié qu’il en fut, de ces dirigeants socialistes, lui qui s’était imposé dans l’équipe de campagne de Ségolène Royal après avoir dit, du temps où elle n’était pas encore investie candidate, tout le mal qu’il en pensait.
Au moins, me direz-vous, on ne saurait le taxer d’hypocrisie puisque, ayant imploré et obtenu son hochet auprès de Sarkozy, il n’en déclare pas moins être « en désaccord idéologique complet » avec le nouveau président. « Je prendrai des initiatives en homme libre, dit-il, fidèle à mon idéal ». C’est-à-dire fidèle à son ambition.
Lang, c’est depuis trente ans la Star’Ac de la politique. De la com’, toujours de la com’ et rien que de la com’.
Politique toujours, mais dans un tout autre genre. Nettement plus “classieux”, il faut bien le dire. S’il est vrai, comme le fait remarquer la journaliste du Monde à Jack Lang, que, depuis la fin de la campagne, on ne l’a « plus beaucoup entendu », il en est un autre qui s’est fait encore plus discret. C’est l’ancien Premier ministre, Monsieur Galouzeau de Villepin, qui s’est véritablement éclipsé sur la pointe de ses grands pieds.
J’apprends par un universitaire Etats-Unien qu’il devrait commencer en septembre prochain ses cours à Harvard. Elevé aux biberons du Quai d’Orsay, M. de Villepin y enseignera les relations internationales à la mode du Vieux Continent. C’est un domaine dans lequel il excelle. On forme donc des vœux pour qu’il remplisse ses amphis de “néocons”, ce qui ferait du bien à l’Amérique et des vacances au reste du monde.
J’en arrive maintenant à l’affaire de la semaine, celle qui a éclipsé les 1250 morts civils de juin en Irak, les onze otages assassinés par les FARC, l’attentat contre le Premier ministre ivoirien et même la Gay Pride. Cette affaire, c’est “la salope” de la semaine. Soit, pour résumer, Mme Camparini, vierge immolée sur l’autel du féminisme par l’immonde M. Devedjian, archétype du macho en politique. Donc, et l’on n’a entendu que cela sur toutes les radios et télés pendant 72 heures, M. Devedjian a traité sa consœur Anne-Marie Camparini de « salope ». Eut-il dit “grosse salope” ou mieux, “superbe salope”, que la face du monde politique en eut été changée. Car dans la définition du mot que nos confrères du Parisien ont cru devoir donner pour éclairer leurs lecteurs, il manque une dimension sur laquelle je ne m’étendrai pas vu qu’elle se rapporte, justement, à la position allongée. Et en l’espèce, l’apostrophe est souvent considérée comme flatteuse.
Donc, disais-je, le secrétaire général délégué de l’UMP et Président du Conseil Général des Hauts-de-Seine a eu, dans un échange privé avec quelques co-élus, des mots indélicats pour l’ex député UDF du Rhône. Mais que celui qui n’a jamais péché lui jette la première pierre, comme on dit dans les Ecritures.
Alors, au risque de choquer, moi aussi, je dirai que ce qui me paraît le plus malsain dans cette affaire, c’est la diffusion par TLM (Télé Lyon Métropole) d’un échange comme il s’en produit partout et à longueur de temps. Car s’il fallait porter sur la place publique toutes les amabilités lâchées et entendues sur les concurrents, les amis, les faux frères, les ennemis, les vivants et les morts, la vie n’y suffirait pas.
Quant à voir dans la saillie de M. Devedjian l’expression d’une noirceur « pire que du machisme », comme dit la dame visée, c’est pousser bien loin le bouchon du féminisme. (Ce qui n’absout pas M. Devedjian de toute misogynie, mais c’est un autre problème). Que Mme Camparini aille donc écouter les noms d’oiseaux dont s’affublent entre eux les éléphants du PS, tous gracieux de la trompe ; qu’elle se rappelle les gentillesses qui émaillaient, il y a peu encore, les affrontements entre chiraquiens et sarkozystes, voire les douceurs qui se susurrent après les réunions du Bureau politique au FN. Qu’elle aille donc, et c’est plus proche encore, recueillir les qualificatifs aimables des anciens de l’UDF sur son cher Bayrou. Cela, c’est la vie, tout simplement, et si l’on croit que le monde politique est un univers de premiers communiants, alors il faut changer de métier.
Je le répète, la seule chose inquiétante dans cette affaire, c’est sa diffusion. C’est la tartufferie des élus qui, tous, de Royal à Raffarin, courent consoler la pauvre agnelle, gravement offensée parce que femme, forcément ; d’autant, tout le monde le rappelle, qu’« elle s’était fait connaître en politique en refusant, en Rhône-Alpes, une alliance avec le Front national avant de se faire élire présidente de région grâce aux voix de la gauche ». Et de l’extrême gauche, ce qui vaut brevet de probité démocratique et républicaine.
Ce qui m’inquiète, moi, ce n’est pas l’injure, ce sont les mœurs de cette république de chaisières. C’est Mme Camparini qui, non contente d’avoir reçu des excuses privées, « exige des excuses publiques » devant la nation. Et pourquoi pas le mâle Devedjian en aube blanche et bonnet pointu, le cierge à la main, demandant, à genoux sur le parvis de Notre-Dame, le pardon de toutes les femmes ? Ce qui m’inquiète, enfin, c’est cette transformation d’Internet en Grand Inquisiteur et c’est la délation numérique au service des nouvelles ligues de vertu. Je n’aime pas ce monde-là. Il pue le goulag et les pogroms.
Topoline |
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